Pollutions aux PCB: un atlas des sites pollués proposé par l'association Robin des Boisvendredi 23 mai 2008, 08:00:42 | Denis Lebioda
L'association Robin des Bois vient de mettre en ligne un atlas des sites pollués aux polychlorobiphényles (PCB) en France.
Robin des Bois estime que ces sites doivent être considérés comme "des sources de risques pour les personnes et l'environnement végétal, animal, aquatique, atmosphérique et faire l'objet d'investigations supplémentaires"."Les dangers des PCB et leur ubiquité ont été de tout temps sous-évalués"
Les PCB sont des hydrocarbures cycliques chlorés dérivés du benzène. Ils ont été pour la première fois synthétisés en Allemagne en 1881. La production industrielle a commencé aux Etats-Unis à partir de 1929 et s’est étendue à la Belgique, l’Italie, le Japon, la France, la Russie. Il étaient dans un deuxième temps mélangés à des solvants puis filtrés et commercialisés sous les noms de Asbestol, Abuntol, Inerteen, Therminol, Hydol, et Pyralène en France, autant de noms commerciaux qui témoignent de l’enthousiasme des producteurs et de leur sens du marketing.
Les PCB étaient à la chimie ce que le radium fût à la médecine.
Ces sites pollués - bâtiments, sols ou sous-sols industriels ou non - ont été contaminés aux PCB par des dépôts, des infiltrations ou des épandages à la suite d'activités autorisées, illégales ou accidentelles, explique Robin des Bois.
L’atlas confirme que les bassins de la Seine et du Rhône, les lacs alpins, le Rhin, la Moselle, la Somme et leurs affluents, de même que le Nord/Pas-de-Calais et ses canaux recèlent des agrégats de sites PCB ; ils se recoupent souvent avec la contamination des sédiments aquatiques et la contamination des poissons telles qu’elles sont relevées par le Ministère de l’Ecologie.
Il y a aussi une certaine analogie avec les pollutions par hydrocarbures cartographiées par Robin des Bois dans l’Atlas des pollutions par hydrocarbures dans les eaux intérieures. Rappelons que dans ce document il était précisé que « Les hydrocarbures (….) peuvent masquer des contaminants plus persistants comme des huiles de transformateurs électriques ou des huiles de coupe industrielle ».
Aucune région n’est épargnée.
Cet atlas des sites terrestres pollués aux PCB est réalisé à partir de quatre sources principales d’informations :
la base de données BASOL sur les sites et sols pollués appelant une action des pouvoirs publics et des détenteurs à titre préventif ou curatif,
la base nationale de données BASIAS qui regroupe les inventaires historiques régionaux d’activités industrielles et de services susceptibles d’avoir engendré une pollution de l’environnement,
la base de données ARIA du Bureau d’Analyse des Risques et Pollutions Industrielles (BARPI) qui rassemble des données sur plus de 30.000 accidents technologiques,
et les archives de Robin des Bois.
Au sens de cet atlas, les sites pollués sont des bâtis ou des sols ou des sous-sols industriels ou d’autres lieux qui en conséquence de dépôts, d’infiltrations ou d’épandages dans le cadre d’activités autorisées, illégales, défectueuses ou d’origine accidentelle ont été le réceptacle de substances contaminées aux PCB.
Ces sites doivent à ce titre être considérés comme des sources de risques pour les personnes et l’environnement végétal, animal, aquatique, atmosphérique et faire l’objet d’investigations supplémentaires.
Le comité de rédaction du dossier n’a pas retenu dans la sélection des sites ceux qui ont bénéficié d’une dépollution PCB plus exigeante que le seuil réglementaire de 50 mg/kg de terres pollués comme à La Celles-Saint-Cloud (78) ou à Touillé (31) (fiches d’accidents ARIA numéros 11239 et 9933).
PCB : ça coule de sources
Le rapprochement de toutes les sources d’informations est d’autant plus nécessaire que les exploitants ou les détenteurs de ces sites ainsi que les services de l’Etat et les promoteurs immobiliers ont tendance à considérer que beaucoup de cas sont « réglés » conformément aux anciens critères de connaissance des PCB et au manque de financement.
Les dangers des PCB et leur ubiquité ont été de tout temps sous-évalués.
En 1987, quand en France l’utilisation du pyralène a été interdite dans les transformateurs électriques – les usages dispersifs l’ont été en 1979 – le nombre total de transformateurs contaminés était évalué à environ 100.000.
En 2003, l’inventaire officiel résiduel était d’environ 500.000 appareils dont les condensateurs. Jusqu’en 1995, le danger mis en avant était la pollution chaude consécutive aux incendies et émanatrices de dioxines.
La pollution froide, c'est-à-dire la bioaccumulation des PCB dans les chaînes alimentaires, était négligée.
Les nouvelles approches sanitaires, toxicologiques et écotoxicologiques, européennes, internationales et conventionnelles vont dans le sens du renforcement des principes de précaution et de réduction des expositions.
Ainsi, le potentiel toxique de certains PCB est aujourd’hui assimilé à celui des dioxines, les doses tolérables d’ingestion alimentaire de PCB ont été divisées par 5 et à partir de 1 mg/kg de PCB totaux les sédiments portuaires ne doivent plus être rejetés en mer dans le cadre des opérations de dragage.
La surveillance et la décontamination des sites terrestres imprégnés par les PCB ne s’inscrivent pas dans cette logique. Ils sont pourtant des réservoirs qui à terme et à distance alimentent la contamination des sédiments et des organismes aquatiques.
La teneur de 50 mg de PCB par kg de terre polluée reste acceptable au regard de la réglementation.
La volatilisation des PCB et leur transport atmosphérique sont aujourd’hui identifiés. Ce qui n’empêche pas les promoteurs et aménageurs qui vantent la Haute Qualité Environnementale de leurs programmes immobiliers de négliger le risque PCB dans les sols et sous-sols comme au Havre (76), à Limeil-Brévannes (91) ou à Andrézieux-Bouthéon (42) : «Les transformateurs ont été évacués dans les règles de l’art (…) ; la présence de PCB dans les sols n’est pas suspectée. De plus, ces composés sont peu volatils et ne constituent pas un enjeu en terme de risques ».
>>> Consulter l'intégralité du dossier et l'atlas...
http://www.robindesbois.org/PCB/PCB_hors_serie/hors-serie.html
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